Avis Société des amis de Victor Hugo
Saluons le joli travail opéré par David Allain et Mathilde Maumont.
Contrairement à Truffaut, ils ont choisi de mettre en scène une Adèle qui n’est plus jeune – elle a 55 ans – et vient d’être transférée, après la mort de son père, dans le pavillon d’un château à Suresnes, transformé en hôpital par Valentin Magnan.
La pièce fait alterner les rencontres entre Adèle et le docteur Magnan avec des monologues de celle-ci et des discours du Docteur Magnan à ses collègues. Mais c’est le face à face d’Adèle avec son médecin qui est le plus fréquent et le plus réjouissant.
Les propos d’Adèle adressés à son thérapeute sont un mélange de rationalité et d’incohérence. Adèle est à la fois lucide et égarée mais ses paroles sont souvent empreintes de sagesse.
J’aime beaucoup la réplique : « Vous pensez que je suis folle ? Là où le fou a un atome de bon sens, le sage a un grain de démence ». Adèle, malgré son délire, se montre intelligente et sensible. Son langage est aussi très poétique : « N’avez-vous jamais parlé à une fleur, Dr Magnan ? L’avez-vous simplement écoutée ? ».
Malgré « l’absence de Victor Hugo », les auteurs réussissent à faire passer beaucoup d’informations sur le grand homme, sur ses oeuvres et ses combats, sans que cela n’apparaisse plaqué ou didactique. Le médecin est un passionné de l’oeuvre de Victor Hugo et le cite tout naturellement, de même qu’Adèle, imprégnée par les textes de son père.
Une séance de lanterne magique qui fait apparaître des membres de la famille de l’internée permettent aussi de révéler certains détails biographiques sans rien qui pèse ou qui pose.
L’humour n’est pas absent non plus, la déraison d’Adèle provoquant parfois de véritables scènes surréalistes comme par exemple lorsqu’elle sert le thé au Dr Magnan et lui propose du sucre. Celui-ci souhaite deux sucres dans sa tasse et Adèle s’empresse d’y mettre… deux gâteaux, ce qui laisse complètement indifférent et calme le psychiatre, considérant la chose comme naturelle.
Ce mélange de folie et de raison, de ce que Hugo appelait le grotesque et le sublime, est très plaisant.
Danièle Gasiglia-Laster - secrétaire de la société des amis de Victor Hugo - Echo Hugo N°23-2024